BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (7) - du 07 octobre 2017 (J+3216 après le vote négatif fondateur)

 

Information préalable : Avec ce septième épisode, nous allons poursuivre la publication de notre feuilleton, commencée le 21 août dernier.

      Mais avant de passer à notre sujet historique, nos lecteurs nous permettrons sans doute de revenir sur l’actualité du Musée Bonaparte qui ne peut manquer de les intéresser.

           Rappelons d’abord que le Compte rendu sommaire du Conseil municipal du 23 mai dernier  (p. 23 dernier alinéa) avait annoncé : « Le Projet Scientifique et Culturel (PSC) imposé par le statut de Musée de France préalablement à la rénovation du musée n’est pas abouti ».

    À la suite de cette déclaration de M. LAPOSTOLLE, Adjoint à la Culture et devant son caractère lapidaire et simplificateur, la personne initialement en charge de ce PSC avait réagi par une lettre ouverte dont nous avions fait écho, tout en retraçant le long parcours de ce « non aboutissement ».

ALBUM UN PSC POUR BONAPARTE

      Lors du conseil municipal du 27 septembre dernier (Compte rendu sommaire correspondant (pages 36 et 37)), M. LAPOSTOLLE, déclarant répondre au « courrier transmis par Mme SPERANZA », devait  évoquer à nouveau le problème.

      Sa déclaration a été depuis rendue publique, par affichage et diffusion en ligne officiels.    La presse locale n’en a pas fait écho.

     Outre le caractère confus de l’exposé, il nous a semblé que cette déclaration présentait de nombreuses omissions ou imprécisions.

     Mme SPERANZA elle-même a estimé après lecture que cette déclaration ne pouvait constituer une réponse satisfaisante à sa lettre ouverte argumentée  du 25 juin dernier. Elle a souhaité cependant ne  plus s’exprimer désormais publiquement au sujet de cette affaire navrante.

     Notre rédaction prend donc le relais. Nous publierons ainsi prochainement un commentaire détaillé et argumenté de la déclaration de M. LAPOSTOLLE, Adjoint à la Culture, faite en séance du conseil municipal du 27 septembre dernier.   

    

    Le précédent épisode, très mathématique, de notre série nous avait conduits chez le professeur Lombard, dans l’actuelle rue Vauban au premier étage du bâtiment administratif du Lycée Prieur, ex-Collège Bonaparte.

      Nous avions fait mention à ce propos de  « l’enseignement dispensé par Lombard, tant à l’école qu’à son domicile dans l’actuelle rue Vauban, à ses élèves, au nombre desquels Bonaparte ».

       Ce fait est attesté dans  le rapport d’inspection de Monsieur de La Mortière à l’École royale d’’Artillerie d’Auxonne en 1789, en ces termes :

         « Je viens de citer à l’instant le professeur de mathématiques chargé de l’instruction théorique. Il en est peu qui possèdent autant de talents pour conduire les jeunes gens aux connaissances sublimes des mathématiques, il ne se borne pas aux démonstrations publiques des salles ; il tient chez lui des conférences auxquelles les jeunes gens qui veulent acquérir des connaissances plus étendues se rendent et beaucoup en savent profiter. » (cité par Baron Joseph du Teil, Napoléon Bonaparte et les généraux du Teil, Paris, Picard, 1897, pp. 79-81).

     On est donc  bien fondé de supposer que Bonaparte sut tirer profit de la fréquentation du professeur Lombard.

       Mathématicien distingué, mais encore avocat de formation, Lombard pouvait sans doute répondre à l’insatiable curiosité de son élève, artilleur, mais aussi juriste et organisateur dans l’âme comme le démontre son « Projet de constitution de la Calotte du Régiment de la Fère » rédigé à Auxonne (Frédéric Masson et Guido Biagi, Napoléon manuscrits inédits (1786-1791), Paris, Ollendorf, 1914, pp. 35-48)  

  La Calotte était une association des lieutenants du régiment veillant au respect du code de l’honneur en son sein et visant à protéger les lieutenants de décisions arbitraires de leurs chefs.

    Dans ses Essais sur l’histoire de la balistique (Paris, Imprimerie nationale, 1927), l’Ingénieur général Charbonnier met cependant un bémol à propos de l’aura de Lombard :

     « LOMBARD, professeur d’artillerie à l’École d’artillerie d’Auxonne, est certes un balisticien digne d’intérêt et qui eut une grande réputation chez les artilleurs, mais les historiens ne l’auraient peut-être guère distingué de ses confrères, s’il n’avait eu la fortune d’être le professeur du lieutenant Bonaparte » (Op.cit., p. 1133)

    La gloire de l’élève ne doit cependant pas faire oublier les réels mérites du maître que nous avons déjà évoqués dans l’épisode précédent.

    Quant à l’élève lui-même, il savait  étendre sa curiosité au-delà de l’enseignement du maître. C’est une évidence,  mais nous allons tout de même en tenter une courte démonstration à partir d’un exemple précis  tiré de notre lecture d’un manuscrit de Bonaparte écrit à Auxonne et intitulé « Principes d’artillerie ». Ce manuscrit a été publié par Frédéric Masson sous le numéro X ( Op.cit., pp. 57-69).

  À propos de ce manuscrit, Masson précise en note : « On a tout lieu de penser que ces notes ont été tirées par Napoléon des Nouveaux principes d’Artillerie de Robins, commentés par M. Léonard Euler, traduits avec des notes par Monsieur Lombard, professeur royal aux Écoles Royales d’Artillerie à Auxonne, Dijon, 1783, in-8° ».

      Et il poursuit : « Mais tout commentaire a semblé oiseux surtout étant donné le travail que prépare sur la question de l’enseignement de l’Artillerie dans les Écoles M. le Baron Joseph du Teil. »

      Ce dernier, dans son ouvrage déjà cité plus haut, mentionne le manuscrit de Bonaparte en question et écrit prudemment à son propos: « il semble avoir été écrit d’après le cours spécial fait par Lombard à ses élèves » et plus loin « Robins est souvent invoqué par le professeur d’Auxonne à l’appui de ces propositions ; cette dissertation est suivie d’une description du canon rayé […] les dernières pages paraissent avoir été prises pendant les conférences spéciales auxquelles Lombard convoquait quelques officiers pour revoir avec eux les parties de son cours […] ».

     Bilan des appréciations : Masson renonce à tout commentaire « oiseux », et Du Teil se montre prudent…

      Ils ont bien raison, car – comme nous allons le voir – leurs supputations ne résistent guère à un examen attentif du manuscrit.

       Une chose au moins reste certaine, c’est que le mathématicien anglais Robins, était une référence pour Lombard et ses élèves.

    Lombard avait en effet traduit dans sa jeunesse les Nouveaux principes d’Artillerie de Robins sur la traduction allemande donnée et commentée par  le célèbre mathématicien Léonard Euler (Berlin, 1745).

      Dans la préface de sa traduction française qu’il devait publier beaucoup plus tard (Dijon, Frantin, 1783) Lombard précise que son manuscrit  était prêt dès 1751, mais qu’il en avait différé la publication, soucieux de vérifier préalablement par l’expérience les principes qui y étaient rapportés. Voilà un souci qui l’honore grandement.

     Il ajoute encore qu’il  avait appris « qu’il existait une autre traduction du même ouvrage [par] un Amateur aussi distingué par sa naissance, que par son goût pour les Mathématiques, et la part qu’il a eue à l’éducation d’un grand Prince ». Lombard ne nomme pas ce personnage, semble-t-il important, qu’il remercie cependant de lui avoir cédé le privilège de la publication.

    Curieusement il ne cite pas, par ailleurs, une autre traduction que son collègue Dupuy avait publiée en 1771, alors qu’il était « aide-professeur aux écoles royales d’artillerie de Grenoble ». (Traité de mathématiques de Monsieur Benjamin Robins […] contenant ses Nouveaux Principes d’Artillerie, traduits de l’anglais par M. Dupuy fils, Grenoble, Grabit, 1771).

     Cette traduction directe de l’anglais, exempte des  longs commentaires d’Euler, est beaucoup plus complète  que celle de Lombard, car publiée sur une édition posthume augmentée, publiée à Londres par Wilson, ami de Robins, en 1761. 

     Et comme une lecture attentive le prouve rapidement, c’est manifestement à cette traduction, et non à celle de Lombard, que se réfère Bonaparte dans  son manuscrit intitulé « Principes d’artillerie ».

      Il est d’ailleurs vraisemblable que Bonaparte en avait pris connaissance dès son séjour à Valence (1785-1786) où Dupuy était son professeur à l’École d’Artillerie.

    Élève assidu de l’honnête homme qu’était Lombard, Bonaparte faisait néanmoins son miel de bien d’autres modèles encore !

     Ce qui ne dément pas pour autant les témoignages anecdotiques de Coston, l’un des biographes les plus intéressants du jeune Bonaparte (Coston, Biographie des premières années de Napoléon  Bonaparte, Paris, Valence, 1840, 2 vol.). Les anecdotes qui suivent montrent aussi, qu’assez peu gastronome, Bonaparte rognait volontiers sur les temps de repas pour s’adonner pleinement à l’étude :

     « Bonaparte était très studieux et très assidu aux leçons du célèbre Lombard il donnait au travail presque tout le temps que son service n’exigeait pas ; et pour être moins souvent dérangé, il allait sans façon manger un peu de bouillie de maïs, de millet et quelquefois de riz chez une bonne femme qui demeurait dans la maison […] » (Op.cit., Tome 1 pp. 122-123)

  « Plus tard Bonaparte fut en pension chez un M. Aumont [en fait Dumont], qui habitait vis-à-vis la maison Phal ou Lombard. On l’appelait souvent pour les repas, il se faisait fréquemment attendre et s’excusait avec beaucoup de politesse sur sa lenteur à arriver. » (Op.cit., Tome 1 p. 123)

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 7  Pensionnaire  Sans Chronomètre

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 7 Pensionnaire Sans Chronomètre

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 07 octobre 2017 (J+3216 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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