AUXONNE : À L'EMPIRE, L'ÂGE N'EST PAS UN NAUFRAGE - du 24 février 2026 - (Jour 610 de la nouvelle ère de Chantecler)
24 févr. 2026AUXONNE : À L'EMPIRE, L'ÂGE N'EST PAS UN NAUFRAGE - du 24 février 2026 - (Jour 610 de la nouvelle ère de Chantecler)
Plus que les slogans sur facebook ou sur papier glacé, l'écran de l'Empire reste pour nous, en ces temps moroses, une source inépuisable d'émotions et de réflexions.
À cette source, nous puisons à notre manière, hors des canons codifiés de la critique cinématographique, hors des grilles et des figures imposées ; en toute liberté, comme notre précédent article a pu le démontrer.
AUXONNE : IMPRESSIONS DE MARDI GRAS - du 19 février 2026
Notre titre du jour, vous l'aurez bien compris fidèles lecteur(e)s, fait écho à cette pensée de Goethe, évoquée dans ce précédent article : « Was man in der Jugend wünscht, hat man im Alter die Fülle ». En français : « Ce que l'on souhaite dans sa jeunesse, on le trouve pleinement dans l'âge ! »
Il vient contredire aussi le mot célèbre du Général de Gaulle à propos du Maréchal Pétain dans le Tome I, L'Appel de ses Mémoires de Guerre :
« Les années, par-dessous l’enveloppe, avaient rongé son caractère. L’âge le livrait aux manœuvres de gens habiles à se couvrir de sa majestueuse lassitude. La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France."
J'entends déjà la rumeur : « Au fait ! Au fait Chantecler ! Arrête de nous jouer le dictionnaire des citations ! »
On y vient, on y vient les amis ! La vieillesse peut être un naufrage, mais l'écran de l'Empire reste pour nous, comme pour Edmond Dantès, une planche de salut providentielle !
Et nous allons tenter d'en faire la preuve
Sur l'écran de l'Empire, on projetait ces jours derniers deux films roboratifs. Des contrées montagneuses de l'Azerbaïdjan, à la splendeur des palais romains, et dans un écart fantastique de thèmes et de moyens, ces films nous démontraient tous deux que « l'âge n'est pas un naufrage ».
Dans « Le retour du projectionniste » Samid, réparateur de télés à l'ancienne, endeuillé par la mort d'un fils, part à la recherche de la « lampe merveilleuse », celle qui fera revivre son vieux projecteur 35 mm à l'abandon depuis des décennies, car comme l'indique le titre, Samid fut jadis projectionniste itinérant dans les montagnes d'Azerbaïdjan. Dans cette quête, le jeune Ayaz, amateur de cinéma, l'accompagne. Leur amitié offre au tandem les ressources conjuguées du bricolage à l'ancienne et des derniers moyens de communication. Elle débouchera sur la projection mouvementée d'un film indien sur un écran improvisé.
Dans « La grazia » de Sorrentino, le héros principal est un Président de la République âgé, Mariano De Santis, incarné par l'acteur Toni Servillo.
L'homme, juriste chevronné, auteur d'un traité de droit pénal de 2500 pages, homme en apparence inébranlable, dur et inflexible se voit affublé du délicieux surnom de « Cemento armato » (béton armé).
Dans les derniers mois de son mandat, « Cemento armato » échappera peu à peu à cette rigueur et à cette pesanteur solitaire. Il laissera tomber la cuirasse du commandeur et découvrira son cœur.
Il n'est pas question pour nous de narrer le film dans sa complexité souvent baroque, à l'italienne. Nous vous en livrerons simplement le volet le plus cordial, celui qui a le plus profondément touché en nous « l'italianité ».
« Cemento armato », originaire de l'Italie alpine, retourne vers la fin du film à ses sources. Il y retrouve les Alpes et les « alpinis », chasseurs alpins italiens, au chapeau à plume (que votre serviteur a popularisé à Auxonne !). On le voit entonner, avec une amicale d'anciens, le célèbre hymne des alpins. La scène n'est pas disponible sur la bande-annonce. Les amateurs et les curieux pourront découvrir le chant et de vrais « alpinis » en cliquant.
La trenta tré (la 33) hymne des "alpinis"
Autour de cette rencontre, « Cemento armato » entend la confidence d'un général d' « alpinis », avouant avoir fumé un joint trouvé dans la poche d'un pantalon de son fiston et n'en avoir rien ressenti. Trivialité émouvante de cette scène dévoilant l'humanité derrière les convenances et la carapace. Il semblerait que « Cemento armato » soit comme libéré, en état d'apesanteur et de grâce...
La chute du film vient dissoudre ce rêve... On voit « Cemento armato », désormais « en retraite » dîner à la maison avec, Coco Valori, une vieille amie d'enfance. Tête-à-tête mutique autant que sinistre de vieux couple...
Le nez dans son assiette, Coco Valori ne concède pas un regard à son compagnon qui l'observe désespérément.
Coco lève enfin la tête. Découvrant le regard implorant de son compagnon elle décoche aussitôt à son adresse cette interjection triviale, rien moins que féminine :« Non rompermi il cazzo ! » Nous vous ferons grâce de la traduction.
Avec un peu d'imagination et de tout cœur, Claudi vous offre comme à l'ordinaire son image garantie sans IA.
C.S. Rédacteur de Chantecler,
Auxonne, le 24 février 2026 (Jour 610 de la nouvelle ère de Chantecler)
Publié dans Côté cinéma
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